Mention Spéciale pour le Genre et les soins Makassar
Indonésie
Makassar
Genre et les soins
Mention Spéciale pour le Genre et les soins
Site web du Mouvement pour une ville inclusive à Makassar
https://kotakita.org/youth-led-participatory-data-for-disability-inclusive-city-in-makassar
Site web de la Ville de Makassar
La pratique sur la plateforme ParticipateOIDP
https://participate.oidp.net/processes/award2026/f/305/proposals/3825
Makassar est la plus grande métropole de l'est de l'Indonésie, avec une population d'environ 1,48 million d'habitants. En tant que principal pôle régional, la ville s'est engagée à promouvoir un développement urbain plus inclusif. Toutefois, selon la municipalité, les personnes en situation de handicap continuent de faire face à d'importants obstacles en matière d'accès à l'éducation, à l'emploi, aux services publics et à la participation citoyenne. Bien que Makassar ait adopté en 2013 un règlement local relatif aux droits des personnes en situation de handicap, celui-ci n'avait pas été actualisé après l'adoption de la loi nationale indonésienne sur le handicap en 2016, limitant ainsi leur pleine inclusion dans la planification urbaine et les processus décisionnels.
Le Mouvement pour une ville inclusive à Makassar a été lancé en 2025 dans le cadre d'un partenariat entre la Ville de Makassar, l'Agence locale de planification du développement (BAPPEDA), l'organisation de la société civile Kota Kita et les organisations de personnes en situation de handicap (OPDs). L'initiative vise à intégrer pleinement le handicap dans la gouvernance urbaine en garantissant la participation directe des personnes concernées à la production de connaissances, à l'élaboration des politiques publiques ainsi qu'aux processus municipaux de planification et de budgétisation. Plutôt que de considérer le handicap comme une problématique sectorielle, la démarche inscrit l'inclusion au cœur de la stratégie globale de développement urbain de la ville.
La méthodologie a débuté par un processus participatif de cartographie destiné à établir un profil actualisé des personnes en situation de handicap dans l'ensemble de Makassar, y compris dans les petites îles relevant de la municipalité. Au lieu de limiter leur rôle à celui de répondants à une enquête, les organisations de personnes en situation de handicap ont été considérées comme partenaires à part entière, responsables de l'orientation de la collecte des données, de leur validation et de l'identification des priorités locales. Cette démarche a permis d'identifier 5 171 personnes en situation de handicap, soit près de trois fois le nombre recensé dans les statistiques officielles, révélant d'importantes lacunes dans les données publiques ainsi que des besoins non satisfaits en matière d'accessibilité, de documents d'identité, de protection sociale et de participation.
À la suite de cette phase de collecte, la municipalité a créé une Équipe chargée du Plan d'action pour le handicap, responsable de l'élaboration du Plan d'action régional en faveur des personnes en situation de handicap (2025-2029). Guidées par le principe « Rien sur nous sans nous », les organisations représentatives ont participé directement à la rédaction du cadre politique. Le profil participatif du handicap a ensuite été présenté au Maire et aux différents services municipaux afin d'orienter les priorités de l'action publique.
L'initiative a ensuite élargi la participation en créant le premier forum thématique de planification participative et de budgétisation de Makassar consacré aux groupes vulnérables. Pour la première fois, les personnes en situation de handicap ont participé collectivement aux côtés des femmes, des personnes âgées et des enfants, en présentant 31 propositions de politiques publiques destinées à être intégrées au processus municipal de planification. Selon la municipalité, cette approche a permis de dépasser le modèle précédent, dans lequel une seule personne représentait l'ensemble de la communauté des personnes en situation de handicap.
L'une des principales innovations de cette pratique réside dans l'articulation entre production participative de données et gouvernance participative. L’initiative illustre comment les savoirs produits par les citoyens peuvent servir de levier à des transformations institutionnelles, en faisant des personnes en situation de handicap de véritables acteurs de la conception, de la mise en œuvre et du suivi des politiques publiques, plutôt que de simples bénéficiaires. Le profil participatif du handicap a également encouragé les services municipaux à intégrer systématiquement cette dimension dans leurs programmes et leurs budgets.
Un autre élément innovant est la création de SUARA Inklusi (« Voix de l'inclusion »), une coalition réunissant dix organisations de personnes en situation de handicap. Avec le soutien de Kota Kita, cette coalition a renforcé les capacités de ses membres grâce à des formations et a réalisé le premier audit d'accessibilité de Makassar conduit par des personnes en situation de handicap elles-mêmes, en intégrant les perspectives de personnes présentant des handicaps physiques, psychosociaux et intellectuels.
La pratique accorde une attention particulière à l'accessibilité des dispositifs participatifs. Les méthodes ont été adaptées aux différents besoins grâce à l'utilisation de cartes tactiles, d'interprétation en langue des signes, d'outils de communication visuelle et de techniques d'animation simplifiées. Les actions de sensibilisation ont également été étendues aux communautés vivant sur les îles les plus isolées du territoire municipal.
Le suivi et l'évaluation reposent sur des ateliers participatifs de validation, des séances publiques de retour d'information et des audits d'accessibilité pilotés par les organisations de personnes en situation de handicap. Les données collectées et les recommandations formulées continuent d'alimenter la planification des différents services municipaux ainsi que l'allocation des ressources, notamment grâce à un système de budgétisation sensible au handicap.
Selon la municipalité, la cartographie participative a permis d'identifier près de 4 000 personnes en situation de handicap jusque-là absentes des registres officiels, conduisant à plusieurs avancées concrètes : la régularisation de documents d'identité, la nomination d'une jeune femme en situation de handicap comme conseillère auprès du Maire, la création du forum thématique de planification participative et l'institutionnalisation de la coalition SUARA Inklusi.
En associant collecte participative de données, processus délibératifs accessibles, renforcement des capacités et réformes institutionnelles, le Mouvement pour une ville inclusive à Makassar montre comment l'inclusion des personnes en situation de handicap peut devenir une composante essentielle de la gouvernance urbaine. À travers le principe « Rien sur nous sans nous », cette pratique illustre comment la planification participative peut renforcer l'équité en garantissant que les personnes concernées participent directement à l'élaboration des politiques qui influencent leur vie quotidienne.
Commentaires du jury
« Le Mouvement pour une ville inclusive à Makassar constitue un exemple remarquable de gouvernance participative qui place les personnes en situation de handicap au cœur de la décision publique. Il démontre comment une planification inclusive peut transformer les politiques urbaines grâce à la co-construction, à des données fiables et à un leadership partagé. »
« Cette pratique se distingue par la solidité de ses fondements éthiques et par son approche innovante, qui associe cartographie participative, planification menée par les personnes en situation de handicap et budgétisation participative dédiée, afin de garantir que des voix traditionnellement exclues de la gouvernance urbaine influencent directement les politiques publiques. »
« En intégrant l'inclusion du handicap dans les processus de planification, de budgétisation et de prise de décision institutionnelle, cette initiative représente une avancée inspirante vers une gouvernance plus équitable et plus accessible. Elle montre comment la participation peut favoriser des changements durables dans les politiques publiques et les pratiques institutionnelles, malgré les défis liés à la mesure de l'inclusion. »
« Un exemple inspirant de gouvernance inclusive qui transforme le principe « Rien sur nous sans nous » en véritable politique publique. »